DVD à la vente :
SUR LE FIL DE L'AMITIÉ
Un film riche d’un regard plein d’humanité sur « le monde
d’en haut ».
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LE MÉRIDIEN DES ECRINS
Huit faces nord austères, certaines aussi imposantes que les Grandes Jorasses, alignées naturellement dans un axe nord-sud...
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LES DRUS AMANTS DRUS
L'alpinisme moderne vue à travers l'histoire de la Face Ouest des Drus...
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EXTRA DRY
Dix jours d'enchaînement au coeur du massif du Mont-Blanc.
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'Enchaînement Bonatti' avec Yann Borgnet
Voyage selon Bonatti…
Des artères lumineuses se dessinent entre mes pieds… Au sol, ces constellations artificielles contrastent avec l’opacité de cette nuit d’encre, comme deux mondes qui se distinguent, l’un observant l’autre en toute discrétion. Seuls le bruit de l’air percutant nos voiles biplaces et le faisceau fatigué de nos frontales en bout de course pourraient trahir notre anonymat. Nous survolons Chamonix de nuit, la face nord de l’Aiguille du Midi dans notre dos. En nous suivant dans les airs de manière irréelle, guidés par nos deux amis pilotes, nous écrivons avec Yann les dernières lignes de notre aventure débutée six jours plus tôt au pied des Grandes Jorasses...
Il a fallu huit essais à Walter Bonatti pour parvenir au sommet de la pointe
Whymper et graver dans le granite pas toujours franc de la grande face Nord des
grandes Jorasses, une des ascensions les plus épiques de sa carrière et de la conquête de
l'Alpe. De mon côté, trois essais auront été nécessaires, dont deux sans même pouvoir
tenter l'escalade, tant les conditions de la face n'étaient pas au rendez-vous. Cette fois-ci
c'est différent, malgré nos doutes et un état de la paroi que nous savons médiocre, nous
saisissons notre chance. Depuis plus de trois ans, je rêve de cette ascension et de ce
parcours des Grandes Jorasses jusqu'au Mont-Blanc en passant par le Grand Capucin,à chaque fois en empruntant des voies Bonatti.
Délicieuse période d'attente, l'étude du parcours est une sorte de préliminaire pudique tout en retenu, où l'on ne se touche pas encore… L'imagination et le phantasme d'une telle entreprise alpine prennent au début, plus de place que le rapport direct à l'élément, jeu de cache-cache et de découverte qui vient nourrir de manière inconsciente notre subconscient.
Aujourd'hui l'heure est à la rencontre et au contact. Dès les premiers mètres et à l'image de tout notre périple, nous découvrons un itinéraire vierge de tout passage. Nous traçons haletant dans les pentes du bas de la face, attentifs aux avalanches potentielles. Partis du Montenvers le matin même, nous n'avons pas d'objectif particulier si ce n'est monter le plus haut possible dans la face pour se rapprocher du sommet. Nous délaissons plusieurs emplacements potentiels de bivouacs pour gagner un maximum d'altitude et stoppons finalement notre course en pleine nuit. Suspendus au baudrier, l'un au-dessus de l'autre, une fesse dans la glace, l'autre dans le vide, nous entamons une nuit qui s'avèrera courte pour les yeux et longue pour les articulations. Instants magiques en même temps que glacials, un bivouac en face nord des Jorasses n'est jamais anodin. Les images de la journée défilent en plan-séquence sans distinction de temps ni de lieu. L'obscurité qui nous étreint, déforme, amplifie davantage les ombres de la pensée qu'elle n'efface celle de nos corps sur la glace. Je sais que c'est vraiment demain qu'aura lieu le rendez-vous.
Dès les premières lueurs de l'aube, les difficultés condensées de la dernière partie de la voie nous mobilisent entièrement, rocher évolutif, protections incertaines et ce n'est qu'en fin d'après-midi que nous débouchons au sommet. Pas d'explosion de joie, ni d'effusion d'enthousiasme, nous savons qu'une nouvelle programmation mentale est nécessaire pour contraindre nos corps à poursuivre l'effort vers la droite plus que vers le bas. L'idée d'enchainer sur la traversée des Jorasses n'enthousiasme pas Yann qui se verrait bien dévaler vers le sud et le confort du Val Ferret italien… Je savoure de mon côté ce passage d'un monde à l'autre et mesure qu'un pan important de notre parcours est derrière nous. Petite mine mais grosse détermination, je suis Yann au pas de course qui semble plus pressé que moi d'en terminer avec cette arête. En plus d'être à l'aise dans tous les terrains, Yann a le pied alpin et un vrai sens de l'itinéraire. Nous avalons la traversée à grandes foulées et ouvrons la porte du bivouac Canzio à 21h30, première véritable respiration depuis notre immersion en face nord. Le mirage des réserves que nous pensions trouver s'évapore après l'inventaire rapide du premier regard, les étagères souvent fournies du bivouac sont malheureusement vides, ce n'est pas ce soir que nous ferons bombance !
La mer de nuage qui nous accueille au réveil est perçue comme un cadeau du ciel, paysage poétique qui comble notre regard plus que nos estomacs descendus bien bas dans nos chaussettes. Nous profitons ce matin-là d'un lever de soleil sur cette banquise de vapeur, digne d'un paysage d'Antarctique, mais où la glace ici n'est que velours. La traversée des Arêtes de Rochefort à l'envers n'est pas tracée et la neige encore bien présente. Je franchis deux passages délicats avant que Yann ne trace une grosse partie de l'arête dans cette neige lourde et profonde. Nous cherchons le rocher pour sécuriser notre progression, parfois au détriment de la logique dictée par le relief, les pentes sont chargées des deux côtés. Nous traversons des plaques de neige suspectes et déclenchons sous nos pas quelques coulées de neige denses. Malgré ces risques objectifs et la fatigue des deux jours précédents, notre cordée est au diapason, pas un mot ni une phrase déplacés ne fissurent l'armure symbolisée par la synergie du tandem. Le respect et l'admiration réciproques entretiennent la distance nécessaire à la relation. L'autre est là pour l'autre, nourrit par la même motivation.
Sur le glacier du Géant, nous rencontrons deux jeunes grimpeurs motivés, montés à pied depuis La Palud pour bivouaquer au pied de la rimaye de la Dent du Géant. C'est la seule cordée que nous croiserons en six jours !
Le refuge d'été de Torino est fermé et c'est dans le local d'hiver sans lumière et sans âme que nous déchargeons nos sacs. Les amis sont là pour nous accueillir, moments de partage et d'enthousiasme, le refuge est chaque soir pour nous bien plus qu'un dortoir. Il est l'ilot à atteindre, l'objectif journalier de survie mais aussi de chaleur, d'humanité au coeur d'éléments souvent hostiles. La cabane est le sas de décompression nécessaire pour assimiler les images et les actions vécues de la journée. L'occasion de savourer le trajet parcouru et de préméditer les actions à venir. Moments stratégiques sur la marche à suivre, nous faisons l'inventaire du matériel nécessaire pour la Bonatti/Ghigo au Grand Capucin que nous souhaitons gravir dés le lendemain.
Réveil matin douloureux plus que câlin, quelques secondes sont nécessaires pour nous remémorer le sens de notre projet et sortir de la chaleur enveloppante des couvertures en direction du froid. Paresseux par nature, l'organisme ne fait que peu d'effort pour nous faciliter la tâche.
Instants de doute vite effacés dés les premières longueurs somptueuses d'un des plus bel obélisque de l'Alpe. Aujourd'hui comme deux milliardaires imaginaires, nous jouissons d'un massif déserté, nous nous élevons seuls au milieu du Grand Capucin. Escalade à huit clos, cernés simplement par les nuages, la Tour Ronde dans notre dos et la Combe maudite sur notre gauche qui complètent le décor. Chaque vire traversée est un rappel historique, tout comme ces passages de grimpe fameux, connus, répertoriés et appréciés comme certaines oeuvres d'art.
Nouvelle étape atypique du parcours, la descente d'Elbronner vers le Val Ferret le soir même… Décision assumée pour éviter la roulette russe insupportable des séracs du versant italien du massif, cette marche laborieuse, cauchemar annoncé de n'importe quel alpiniste qui se respecte, est vécue pour nous comme un moment délicieux. Est-ce à cause du choix, cette fois-ci volontaire, est-ce par confort d'évoluer sur un sentier au milieu des chamois et des mélèzes ? Même si je sais que j'aurais du mal à convaincre certains alpinistes suspicieux, cette descente restera un des beaux souvenirs de notre parcours.
21h, nous décidons de rejoindre dés ce soir le Val Veny pour la suite de notre parcours et avec la manière ! Euphorique comme deux gamins le jour de Noel, nous
chevauchons nos montures à pédales sans trop y croire. Je dévale à fond les marrons la
côte de La Palud en testant, fébrile, les freins de mon vélo Peugeot d'avant-guerre.
Certainement par souci de cohérence historique, Alain le papa de Yann nous a ramenés
deux antiquités roulantes, façon années 80, là encore nous restons dans l'esprit des
précurseurs ! Mes imposantes « fantom 6000 Scarpa » cherchent les pédales, pendant
que Yann lui est en quête de visibilité ; sa frontale est en bout de course ! Dernière suée
pour montée dans le Val Veny, toujours stupéfaits par ce corps qui continue de produire
de l'énergie, avant de s'avachir dans le camion douillet du papa de Yann.
Au lever du jour du 6ème jour, nous délaissons les derniers mélèzes mordorés avant de replonger dans le monde minéral de la face sud du Mt-Blanc. Ce versant italien du massif me transporte inlassablement et continue de me faire rêver malgré déjà de nombreux passages sur ces flancs. La solitude, l'architecture des piliers, la majesté et le mystère des lieux, tout est réuni pour stimuler l'imaginaire alpin.
Seule la neige venue nous rendre visite en soirée nous sort avec Yann de notre euphorie car nous savons que demain les réglettes et les dalles de la Bonatti/Oggioni au pilier Rouge du Brouillard seront recouvertes. Dépression sans gravité, les flocons ne nous ralentissent que dans les premières longueurs du pilier, malheureusement les plus dures. Là encore, le récit de Bonatti lors de sa tentative et de son ascension avec Oggioni en 1959 impose le respect. La tempête les avait contraint à redescendre dans des conditions très dures lors de leur premier passage et à sortir au Mt-Blanc cernés par la foudre sur l'arête du Brouillard la deuxième fois. Aujourd'hui par chance , la météo est de notre côté, pas un souffle de vent ne vient entamer le peu de réserves caloriques qu'il nous reste. Nous avons avec Yann, tous les deux perdus prêt de six kilos en six jours et aujourd'hui les réserves sont épuisées. Injustement dévalorisé par le grand Michel Piola dans son topo par une description lapidaire et suspecte, cet itinéraire mérite d'être mis en lumière. L'introduction du chapitre « Sur le pilier Rouge du Brouillard » dans « Montagnes d'une vie » de Bonatti m'avait au moment de la lecture plus inspiré : « Je ne l'aurais pas fait ce pilier, s'il n'avait été tel qu'il est: beau, romantique, fascinant par son mystère. Cela pourrait paraître étrange, mais c'est justement entre ces deux limites que se trouve enfermé l'alpinisme. C'est de ce dilemme que sont sorties la conception et la réalisation d'une des plus belles, des plus difficiles escalades du Mont-Blanc. »
Corps à corps athlétiques dans un terrain parfois mixte mais toujours esthétique, nous débouchons finalement sur l'arête du Brouillard en début d'après-midi. Une fois de plus la montagne est vierge et la neige profonde. Nous traçons tels deux funambules en perdition sur notre arête effilée. Les derniers mètres qui nous mènent au sommet du Mt-Blanc sont laborieux, la neige colle sous nos crampons et la déshydratation profonde affecte nos organismes.
Seuls au sommet… L'ambiance est douce, pas un souffle d'air, peu de paroles…
Les volutes de brume délimitent le relief des différents plans du paysage comme
des rizières en terrasses. Paysage d'automne somptueux, point d'orgue du parcours.
Mais après quoi d'autre ?! Ce sentiment de désillusion me fait tout de suite penser à Gervasutti au sommet des Jorasses après son ascension exceptionnelle et tant convoitée
en face Est. Remplis et vide à la fois, à l'image de notre regard sur la photo de
l'autoportrait au sommet du Mt-Blanc.
En un peu plus de deux heures, livrant nos dernières forces dans la bataille, nous débouchons enfin au col du Midi. La présence de nos deux amis, Phiphi et Julien as du parapente, marque une nouvelle étape vers la fin du parcours. Tentative de décollage en biplace infructueuse au col du Midi, nous filons vers l'arête Midi-Plan. Il fait maintenant nuit, mais cela ne semble pas inquiété nos amis. La responsabilité du dernier acte ne nous appartient plus vraiment, nous sommes consentants et nous laissons simplement porter… Je devine la face nord sous nos pieds, la verticalité à quelques mètres, là juste dessous. Pendant six jours, nous avons tenté et réussi à ne pas tomber, là c'est différent nous sommes volontaires pour chuter ! Après quelques pas vers l'inconnu, nous décollons, bercé par une valse aérienne à trois temps, contrastant avec le mode binaire de la marche des dernières heures.
C'est beaucoup plus tard que nous atterrirons vraiment de ce vol improbable, en
savourant et rejouant intérieurement certains des moments clés de notre parcours. Coup de pinceau modeste sur une toile de maitre, moyen d'expression exceptionnel,
cette trilogie s'inscrit d'abord comme un hommage sincère à un alpiniste Walter Bonatti, à mes yeux l'un des seul qui eu la capacité de mettre autant de talent à grimper qu'à raconter, grimpeur pour qui l'âme n'est pas à dissocier des montagnes.
Plus d'infos : Montagnes-magazine.com
© Photos : P. Tournaire, Y. Borgnet, C. Dumarest
© Vidéos : B. Peyronnet / Réalpiniste.com,
Y. Borgnet, C. Dumarest
En nous suivant dans les airs de manière irréelle, guidés par nos deux amis pilotes, nous écrivons avec Yann les dernières lignes de notre aventure débutée six jours plus tôt au pied des Grandes Jorasses...







