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Expédition Cachemire Shafat & Stock Kangri
Ladâkh, Etat de Jammu et Cachemire,
Inde du Nord
Juillet 2011 avec Yann Borgnet
Une belle arrivée… À l'indienne !
Nous survolons la piste d'atterrissage de Leh (ville touristique du Nord de l'Inde) à bord de notre avion Kingfisher. Tout se déroule parfaitement jusqu'à ce que nous fassions demi-tour direction Delhi. Les passagers sont dépités, et d'après une première hôtesse ce n'est pas le vent qui pose problème mais le train d'atterrissage, alors qu'une autre nous parle du réacteur ! À l'annonce du capitaine de la venu d'un hélicoptère pour nous aider à poser l'avion, je commence doucement à me ranger à la terreur qui règne dans l'avion.
Longues minutes… Et quelques applaudissement plus tard les portes s'ouvrent enfin, tout est rentré dans l'ordre : nous sommes au Ladak.
Approche aquatique
L'objectif de notre expédition : la face Ouest de Sahfat Fortress n'a été gravi qu'une seule fois par les américains disparus en Chine en 2009 Micah Dash et Jonny Copp.
Leur descriptif dans le magazine Alpine Journal commence par la traversée aventureuse de la vorace Suru River au pieds des faces rocheuses. Si leur récit de cette traversée raconté « un peu à l'américaine » avait pu nous faire sourire quelques mois auparavant, nous comprenons en nous jetant dans l'eau glacée, la corde autour du ventre, qu'il va y avoir du sport ! C'est Yann qui s'y colle et réussit la première traversée, emporté par le courant, dans une eau de glacier à 2°C. La corvée de mise en place d'une tyrolienne pour le matériel, les trajets et portages jusqu'à notre camp de base paraissent à côté de cette baignade en eau vive comme… Anecdotiques.
Sans permis et sans sommet
Nous sommes à Shafat Fortress sans permis et la psychose est bien présente, surtout pour Kunal notre copain indien qui risque certainement gros en cas de flagrant délit.
La face est bien mouillée et elle le restera malheureusement durant tout notre long séjour. Lorsque ce n'est pas les orages qui la détrempent, c'est la neige qui fond et s'écoule depuis les nombreuses vires qui rayent la face. La ligne la plus logique a été tracée par les américains qui ont su grimper sur du caillou par toujours très franc dans des fissures souvent humides.
Nous tentons la fissure centrale et découvrons des vestiges peu glorieux de spit et autres cordes fixes laissés très certainement par une cordée italienne. Carton rouge et expulsion définitive du terrain devrait être voté ! Nous nettoyons ces tristes vestiges du mieux possible.
À peine à la sortie du premier tiers de la face, notre progression dans un canyon sordide (que nous suivons depuis le début) ne m'inspire plus confiance. Cette ambiance aquatique et encaissée me rappelle notre sinistre descente du Fitz Roy en Patagonie avec Aymeric quelques années auparavant. De plus, à cause conditions géopolitiques de la région (frontière indo-pakistanaise), nous ne pouvons pas allumer notre téléphone satellite, nous n'avons aucune idée de la météo !!! Yann est prêt à continuer, j'insiste pour redescendre, d'autant plus que Kunal notre ami indien doit repartir vers Leh ce qui implique de plier le camp de base et de faire traverser la rivière à notre ami. Logistique complexe, ajoutée au fait que je n'ai aucune envie de faire 4 allers/retours dans cette eau glacée, nous sommes donc contraints de quitter le pieds de la paroi, Yann est un peu déçu, retour à Leh.
Seconde mi-temps, à 6153m
Regonflés à bloc, nous partons avec des cartes approximatives en direction du Stok Kankri (6153m), sommet proche de Leh ou nous avons posé bagage. Après une journée de marche de 10h et un bivouac à 5300m d'altitude sans tente, nous réussissons à gravir pour la première fois la face Nord/Est du Stock Kankri.
Les difficultés ne sont pas plus dures que dans le couloir Couturier à l'Aihuille Verte, la corde reste au fond du sac. Les derniers mètres jusqu'au sommet sont cependant exténuants. Notre acclimatation est limitée et nous payons cher la grosse journée d'approche de la veille. Nous sommes seuls au sommet, heureux de partager cette cime indienne ensemble, d'autant plus que c'est le premier sommet de 6000m pour Yann.
Ipod sur les oreilles, nous dévalons pentes et vallées jusqu'à Leh. Nous nous offrons l'allers/retours en 2 jours. Pour nos amis indiens c'est une grosse performance, pour nous simplement un gros effort d'endurance lié à la longueur des distances parcourues.
Back home
La petite famille me manque, je rentre un peu plus tôt et abandonne Yann aux délices de la cuisine et de la culture indienne. Une expédition dans le plus pur esprit du style alpin s'achève, les repérages ont été plus que poussés, il reste à revenir pour transformer l'essai. Affaire à suivre...



