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Associer aussi bien la technicité et l’esthétique de l’escalade que l’harmonie et le partage au sein de la cordée, tel est l’objectif.

Né « dans un sac à dos » à Annecy, sur des skis à 2 ans et demi, à 4000m avant 10 ans, la pratique de la montagne à toujours fait partie de ma vie. Formé par la famille, puis les équipes CAF (régionale) et FFME (nationale), c’est naturellement que je suis devenu guide en 2009.

Animé par la recherche de nouveaux itinéraires autant que par les rapports humains, j’essaie de mettre le meilleur de moi-même dans ma pratique de l’alpinisme.
Avec P. Gabarrou dans les Alpes j’ai pu réalisé des rêves que je croyais impossible : une ouverture en hiver dans la face Nord des Grandes Jorasses (6 jours), en face sud du Mt-Blanc ou encore au pilier Dérobé du Freney.

En même temps avec A.Clouet je découvrais certaines des plus belles parois du monde : le Sphinx et « La Cruz del Sur » au Pérou, la « Rimmon route » en hiver au Troll Wall en Norvège, « Chercheurs d’Absolu » et le « Super Couloir » au Fitz Roy/Chalten en Patagonie mais aussi : le Tibet, le Chili, l’Alaska, la tour sans Nom au Pakistan…

Aujourd’hui, c’est en essayant de limiter mes vols longs courriers et à travers des périples de plusieurs jours au plus près des Alpes que je me réalise pleinement.

La traversée des Ecrins, celle du Mont Rose au Cervin, le tour de la chaine des Fiz, l’enchainement Bonatti, ou encore la traversée de la Chartreuse par les voies d’escalade, sont autant d’itinérances et de rencontres que je souhaite continuer à nourrir.

De ces aventures proche ou lointaines qui au fil des ans sont devenus mon mode de vie, est né un partage naturel et protéiforme. Une transmission égrenée à travers des films : “Le Méridien des Ecrins”, “Sur le Fil de l’amitié”, “La Voie Bonatti”, “Verticale Boréale”, “Inside” mais aussi des textes (avec Alpes Magazine notamment), lors de conférences grand public ou en entreprises et bien sûr lorsque le temps me le permet par la passion du métier de guide.

Le parapente, pas avant 60 ans !

Le parapente, pas avant 60 ans !

Non, pas avant 60 ans ! C’est toujours ce que j’ai eu l’habitude de dire en évoquant la pratique du parapente.
60 ans, le temps d’expérimenter la sagesse, de se consacrer à une nouvelle discipline, à des pratiques plus contemplatives (encore que ?). Pour moi le bon moment de la vie, pour s’asseoir confortablement dans les airs.

Mais alors que c’est-il passé pour basculer avant l’heure prescrite du côté obscur de la brise ?

Et bien à force de répéter à longueurs de journées, « non je ne fais pas de parapente ! », de voir les copains partir avec des voiles épaisses comme des « Kleenex » et d’observer les centaines de moucherons multicolores voler au-dessus de mes oreilles depuis des années… J’ai craqué !

À sept ans, les premiers vols..

Petit j’avais déjà fait l’expérience du parapente et du delta avec mon père. Si je me souviens vaguement de « l’arrachement » au décollage en parapente, je revois très nettement en delta le suspens d’avant vol, la raideur de la piste d’élan et surtout la sensation indescriptible de la prise au vent dans les secondes qui suivirent la course.

Accroché sur le dos de mon père et à la structure par un baudrier fluo des années folles, il fallait être confiant ou inconscient pour embarquer sa progéniture à bord d’un si frêle esquif.
Pendant longtemps pour moi le parapente n’arrivait pas à la cheville de son grand cousin de la famille des rapaces. En plus de ne pas trouver le nom très harmonieux, le parapente par sa forme ne m’a pas toujours fait rêvé.

La finesse des voiles des années 90 y est certainement pour quelque chose. Aujourd’hui les parapentes n’ont plus rien de comparables, et grâces aux dernières évolutions, la notion de vol libre prend tout son sens.

Retour à Chamonix par les airs…

En 2010, pour redescendre de notre périple Bonatti avec Yann Borgnet dans le Mont-Blanc, Philippe Barnier et Julien Irilli viennent à notre rencontre en bas de l’arête de l’aiguille du Midi. Discussions, instants improbables et angoissants, ils décident finalement que le vol est possible. Contre toute attente, nous décollons de nuit, côté face nord ! Durant près d’une semaine nous avions mis toute notre énergie à cheminer et rester accrocher à la Terre, alors qu’à cet instant nous étions volontaires pour nous en extraire par les airs. Ne comptant que sur nous-mêmes tout au long du périple, il fallu à cet instant nous en remettre entièrement aux compétences de nos pilotes…(soit parmi les meilleurs mondiaux, mais quand même)!

Jamais je n’oublierai cette sensation irréelle du décollage et la découverte des artères lumineuses de Chamonix éclairées à nos pieds. Les odeurs de feu de bois venues de la vallée, les différences de température étonnantes entre les masses d’air et pour finir l’atterrissage à grands renforts de phares de voiture ont fait de ce vol un souvenir mémorable.

Yann se mettra au parapente dans la foulée, je résisterai encore…

Huit ans plus tard…

Samuel Aven, jeune et proche voisin, pilote chevronné et doué, me propose une nouvelle initiation. C’est au-dessus des champs inclinés de Dingy Saint Clair, mon village, que s’opère la mutation de deux pattes à… une aile. Premier gonflage et premières pentes écoles à bord d’une bonne vielle Sigma 4. Un « gun » de compétition des années 2000, parfait pour l’acquisition de réflexes précis !!!

Comme les frères Mongolfier en 1783, j’aurai préféré mettre un mouton, un canard, ou un coq à ma place lors du premier « vrai » vol pour m’assurer de la fiabilité de l’entreprise. Que nenni, c’est bien d’un humain qu’il s’agit et qui s’élance le cœur battant, le poitrail en avant, comme un damné volontaire au sacrifice.  Quand les pieds quittent le sol, seul le mauvais bruit de friture de la radio me sort de mes songes. Les perspectives s’ouvrent à mesure que la terre s’éloigne.

Parenthèse enchantée, grand seau et petit plouf, le venin est entré, avec au sol déjà l’envie de recommencer.

Magie de survoler le village, de changer de point de vue, de prendre véritablement de la hauteur, d’expérimenter des sensations qui sont indescriptibles. Un, deux, trois, dix petits vols et les sens évoluent, la perception s’affine, le rapport à l’air ne sera plus jamais le même. C’est le moment où l’on croit commencer à comprendre alors qu’en fait on ne sait rien. C’est le moment critique où, à la merci d’une masse invisible, dynamique et changeante on peut avoir l’illusion de se sentir en sécurité alors que la vulnérabilité est totale. Fétu de paille dans un ciel sans limite, à bord d’une embarcation sans structure, folie douce et rêve d’Icare, attention cependant à ne pas se bruler les ailes …

C’est aussi le moment où l’on se dit, merde, dans quoi tu t’embarques, avec en toile de fond le souvenir de tous les copains en convalescence, le visage encore teinté du reflet de leur voile bariolée.

La suite…
S’économiser les genoux, sans pour autant s’abimer les chevilles. Essayer de ne pas hiérarchiser les vols et les instants, (un petit plouf au soleil couchant vieux mieux qu’un grand plaf de milieu d’après-midi). Continuer à démontrer que même tout seul sous son chiffon les copains ne sont jamais loin. Croire que même avant 60 ans, on peut réussir à progresser calmement. Conserver ce sentiment unique de liberté :

Se détacher de la gravité et voler !

Merci à Pat et surtout Sam Avenne pour ses conseils éclairés et le coaching rapproché, à Seb Meynet pour la découverte de Dingy vu du ciel et à Sup’Air pour le prêt de sellette et la voile Eiko, un petit bijou de voile montagne.

Christophe